Communiqué unitaire · Montpellier · Mai 2026
Acte II — Diviser pour mieux régner n'a jamais été une stratégie de solidarité : construisons une réponse collective
Signataires
Premiers signataires
Collectifs
Artistes
Ancien·nes membres de la gouvernance & ancien·nes bénévoles
Rappel des faits
Le 30 avril 2026, huit structures de la scène queer montpelliéraine : Nuit Brune, Dragnini, Folle de Rage, La Madrediosa, La Ruche, Support Your Local Girl Gang, VX Production et Queer March publiaient un communiqué unitaire : « La Pride au Peuple, pourquoi nous ne serons pas à la Pride 2026 ».
Des dizaines de collectifs, artistes, bars, associations, bénévoles et ancien·nes membres de la gouvernance de Fierté Montpellier Pride ont depuis rejoint la démarche.
Nos questions initiales étaient précises : gouvernance de Fierté Montpellier Pride, fonctionnement démocratique de l'association, place prise par un prestataire externe dans l'organisation de l'événement, transparence des décisions, accès aux chars, usage du mot Pride, reconnaissance des collectifs, artistes, bars, associations et bénévoles qui font exister cette communauté au quotidien.
D'autres se sont ajoutées suite aux témoignages recueillis ces dernières semaines : la décision de céder le local dont l'association était propriétaire, l'usage des subventions publiques et des contributions financières communautaires, la composition réelle du Conseil d'administration et le respect du calendrier statutaire des assemblées générales, les pratiques internes décrites par d'ancien·nes bénévoles et ancien·nes membres du CA, l'accessibilité de la Marche aux personnes handicapées et neuroatypiques.
Un post Instagram « Choisir ses combats », déplaçant le débat vers la situation des personnes LGBTQIA+ à l'étranger. Une déclaration au journal Le Poing, qualifiant nos accusations de « peu ou prou fausses » et nous prêtant des « méthodes de harcèlement, de call out, de dénigrement ». Un communiqué Instagram en 20 visuels publié le 3 mai 2026, reproduisant en annexe des correspondances privées sans accord préalable des personnes et structures concernées.
Ce communiqué vise à réaffirmer et préciser les questions auxquelles Fierté Montpellier Pride n'a toujours pas répondu. Il ne vise ni à empêcher la tenue de la Pride 2026, ni à supprimer une association qui a, en trente ans, contribué à l'histoire LGBTQIA+ montpelliéraine. Il vise à interroger la gouvernance d'une structure dont les dysfonctionnements sont aujourd'hui documentés par ses propres ancien·nes président·es.
Une crise reconnue depuis 2022
Le 5 mai 2022, le président alors en exercice de Fierté Montpellier Pride, Arnaud Cruaud-Dorigny, adressait au Conseil d'administration sa lettre de démission. Avec son accord explicite, nous en rendons publics les passages-clés.
Lettre de démission, mai 2022
Il évoquait une dette globale supérieure à 65 500 euros au titre de l'exercice 2021-2022. Il écrivait ne pas comprendre « comment il est possible de s'engager alors que l'association vit dans le doute d'avoir un huissier de justice à son pas de porte quotidiennement ». Il concluait : « Je pense réellement que le Conseil d'Administration se trompe de voie. Cette voie qui ne mènera qu'à l'implosion de la structure. »
Sa démission a été suivie de celle du coordinateur général Pride.
C'est la continuation d'une crise reconnue depuis quatre ans par la présidence même de l'association.
Sur la gouvernance et le fonctionnement démocratique
Combien Fierté Montpellier Pride compte-t-elle d'adhérent·es à ce jour, et combien dans chaque collège statutaire ? Cette donnée conditionne la légitimité de toute décision prise au nom de l'association.
Combien de personnes y siègent aujourd'hui ? Combien de postes sont à pourvoir, et dans quels collèges ? Sans réponse, impossible de savoir si le CA est complet et représentatif.
Une AG a été convoquée en février 2026. Quel est le calendrier statutaire des assemblées générales, et a-t-il été respecté ? Si le calendrier a été modifié, à quelle occasion et par quel vote ?
Quelles sont les conditions d'ancienneté pour candidater au Conseil d'administration et à la présidence ? Nous demandons la publication des statuts en vigueur.
Comment sont utilisées les subventions publiques perçues par Fierté Montpellier Pride, et les contributions financières versées par les structures locales ? Cet argent est-il utilisé dans le seul intérêt de la communauté et de la défense de ses droits ?
La communauté a le droit de savoir si les fonds versés au nom de la lutte LGBTQIA+ servent effectivement la lutte LGBTQIA+.
Sur la décision de céder le local
L'association était propriétaire de son local. Elle ne l'est plus. Cette propriété garantissait une indépendance matérielle vis-à-vis de tout pouvoir politique local, y compris quand l'association portait des positions qui dérangeaient ses partenaires institutionnels.
Le passage du statut de propriétaire à un nouveau local, dont les conditions d'occupation n'ont fait l'objet d'aucune communication publique claire, est une décision patrimoniale majeure. Trois questions :
La cession a-t-elle été soumise au vote d'une assemblée générale, comme le supposerait l'engagement d'une telle décision ? À quel prix l'ancien local est-il cédé ou en cours de cession ? À quoi est destiné le produit de la vente ? Quel est le statut juridique du nouveau local : propriété, location de droit commun, location à tarif préférentiel, mise à disposition par une collectivité publique ?
Sur la marchandisation de l'accès aux chars
Sous les présidences précédentes, les chars du cortège étaient gratuits pour les associations communautaires, ou demandaient une contribution symbolique. Permettre à toutes les structures d'occuper l'espace public indépendamment de leurs moyens : c'est le fonctionnement de base d'une Pride associative. Cette pratique a été abandonnée.
Aujourd'hui, défiler dans un char du cortège coûte plusieurs centaines à plusieurs milliers d'euros, à régler à des prestataires extérieurs. Plusieurs collectifs ayant rejoint cette démarche ont engagé des sommes importantes sur leurs fonds propres pour pouvoir défiler.
Conséquence mécanique : les structures les plus précaires, celles qui font vivre la scène queer locale toute l'année, sont écartées du cortège officiel, au profit d'acteurs qui ont de l'argent.
Sur l'accessibilité
L'accès aux chars n'est pas le seul accès qui pose problème. Les Prides organisées par Fierté Montpellier Pride présentent des manquements structurels en matière d'accessibilité aux personnes handicapées et neuroatypiques :
absence de points d'eau facilement identifiables sur le parcours · absence de rampes d'accès aux dispositifs scéniques et aux espaces de la Marche · absence de miroirs et d'espaces de repos dans les coulisses et les loges · absence d'espaces calmes pour les personnes neuroatypiques · respect inégal des normes sanitaires et des jauges limites.
Ces manquements déterminent qui peut, concrètement, participer à la Pride et qui en est exclu·e par défaut.
Une Pride qui se réclame de la défense de toutes les minorités sexuelles et de genre ne peut pas, dans le même mouvement, rendre sa propre Marche inaccessible aux personnes LGBTQIA+ handicapées et neuroatypiques.
Ces questions doivent être portées par les personnes concernées elles-mêmes, dans le cadre de l'inter-organisation queer locale que nous proposons, et devenir un critère structurel d'organisation de chaque édition à venir.
Sur l'usage du mot Pride
Le mot Pride n'appartient à personne. Il est l'héritage politique de cinquante-cinq ans de luttes LGBTQIA+, depuis Stonewall jusqu'à aujourd'hui. Aucune association, aussi historique soit-elle dans son territoire, ne peut prétendre exercer un monopole sur un mot qui désigne la fierté d'une communauté tout entière.
Répéter ad nauseam que le mot Pride est déposé, que ce soit au WIPO ou à l'INPI, ne change rien au caractère problématique et divisif des pratiques de Fierté Montpellier Pride. Du point de vue juridique, le mot Pride est un terme générique, largement adopté dans le langage commun depuis 1997. On ne peut pas en avoir l'entier monopole, marque déposée ou pas.
Et surtout : on ne « protège » pas un terme en le confisquant à sa communauté et en l'utilisant comme outil de pression.
Plusieurs structures de la communauté queer locale ont reçu, ces dernières années, des demandes ou des pressions de Fierté Montpellier Pride visant à les dissuader d'utiliser le mot Pride pour qualifier leurs propres événements, soirées, marches ou actions communautaires. Ces pressions doivent cesser.
Le rôle du directeur artistique
Cette démarche ne vise ni à « cancel » qui que ce soit, ni à remettre en cause la liberté des artistes, lieux ou collectifs qui souhaitent travailler avec le directeur artistique de Fierté Montpellier Pride. Nous ne contestons ni un regard artistique, ni des compétences professionnelles. Nous contestons la position d'autorité centrale qui lui a été confiée.
Le directeur artistique n'est ni élu, ni membre du Conseil d'administration : c'est un prestataire externe. Dans son communiqué du 3 mai 2026, FMP reconnaît publiquement qu'il « contribue depuis plus de 15 ans au mécénat, aux relations avec les médias et participe activement à la vie de l'association bien au-delà de son périmètre initial ».
Un aveu en forme de formulation
Le périmètre initial d'un·e directeur·rice artistique, c'est, par définition, la direction artistique. En reconnaissant publiquement qu'un prestataire externe agit « bien au-delà » de ce périmètre, l'association admet elle-même qu'une personne non élue, sans cadre statutaire, sans contrôle démocratique, exerce des prérogatives qui dépassent son contrat sur la programmation, les arbitrages artistiques, les relations avec les structures locales, le mécénat et la représentation médiatique d'un événement communautaire.
La question n'est plus personnelle. Elle est démocratique.
Témoignages d'ancien·nes bénévoles et ancien·nes membres du CA
De nombreux témoignages convergents émanant d'ancien·nes bénévoles et d'ancien·nes membres du Conseil d'administration ont été recueillis ces dernières semaines, indépendamment les uns des autres. Ils décrivent les mêmes phénomènes :
des comportements de dévalorisation et d'humiliation à l'égard des bénévoles · une ambiance de travail toxique · une gestion autoritaire et opaque · des pratiques d'intimidation envers toute voix demandant de la transparence · une succession de départs contraints, marqués par la peur de témoigner publiquement.
Une rupture grave dans le lien associatif
Le 3 mai 2026, dans les annexes de son communiqué Instagram public, Fierté Montpellier Pride a publié sans le consentement préalable des intéressé·es des SMS, des messages Messenger comportant photographies de profil et pseudonymes identifiables, et deux courriels reproduits intégralement avec coordonnées personnelles complètes.
Cette publication est susceptible de constituer plusieurs atteintes au droit français : atteinte au secret des correspondances, atteinte au respect de la vie privée, traitement de données personnelles sans base légale au regard du RGPD.
Sur la solidarité et le dialogue
Trois prises de parole plus tard, nos questions initiales restent ouvertes. Fierté Montpellier Pride a choisi, dans sa première réponse, de déplacer le débat vers la situation des personnes LGBTQIA+ à l'étranger. La solidarité internationale est non négociable. Elle ne peut pas être instrumentalisée pour faire taire les questions de gouvernance interne. Pour qu'elle soit sincère, elle doit aussi exister ici, à Montpellier, avec les acteurices queer local·es qui organisent, accueillent, créent, soutiennent, protègent et font vivre cette communauté toute l'année.
Fierté Montpellier Pride affirme par ailleurs privilégier le dialogue avec son Conseil d'administration. Plusieurs structures ont précisément tenté d'échanger, d'alerter, d'obtenir des réponses. Les alertes les plus anciennes remontent à une dizaine d'années.
On ne peut pas appeler au dialogue tout en refusant obstinément de répondre. On ne peut pas appeler à l'apaisement tout en exposant des échanges privés. On ne peut pas appeler à l'unité tout en refusant d'entendre celles et ceux qui demandent à construire ensemble.
Il n'existe pas de lutte à un seul front. Exiger de nous une solidarité que Fierté Montpellier Pride nous refuse depuis des années est un acte de mauvaise foi. Le dialogue ne peut pas être un huis clos où les questions disparaissent. Il doit avoir un cadre, des garanties, des comptes rendus, des engagements, des suites concrètes.
Sur notre démarche
Nous n'avons jamais refusé de soutenir financièrement Fierté Montpellier Pride. Plusieurs structures ayant rejoint le mouvement ont contribué de manière significative à son financement. Ce que nous refusons, c'est de contribuer sans transparence, sans reconnaissance et sans pouvoir participer aux décisions qui engagent directement la communauté qui fait vivre la scène queer locale toute l'année.
La question n'est pas « faut-il soutenir Fierté Montpellier Pride ? ». La question est : que fait l'association de ce soutien, comment les décisions sont-elles prises, et pourquoi les structures qui participent concrètement à la vitalité queer de Montpellier sont-elles si peu associées à la construction de la Pride ?
L'inter-organisation locale que nous proposons ne remplace pas Fierté Montpellier Pride, ni ne se substitue à elle dans ses responsabilités administratives, juridiques ou financières. FMP doit rester la structure porteuse de la Pride. Mais porter administrativement la Pride ne signifie pas décider seul·e et secrètement de ce qu'elle raconte, de qui elle visibilise, de quelles revendications elle défend, ni de la place accordée aux acteurices communautaires.
Nous ne faisons pas de l'ingérence. Nous demandons l'élaboration d'un cadre clair de co-construction.
Nos revendications
Ce que
nous exigeons
La Pride 2026 doit avoir lieu. Mais elle doit cesser d'être organisée sans la communauté qui lui donne son sens.
La Pride n'est pas une marque. La Pride n'est pas une scène réservée. La Pride n'est pas la propriété d'un bureau, d'un prestataire ou d'une institution. La Pride est un héritage politique. Elle appartient aux luttes, aux corps, aux colères, aux joies, aux deuils, aux solidarités et aux communautés qui l'ont rendue nécessaire.
À ceux qui reprocheraient à cette démarche de fragiliser une association communautaire en pleine période de montée des extrêmes : nous répondons l'inverse. Défendre la transparence et l'horizontalité, c'est protéger la Marche.
C'est précisément parce que le danger extérieur est grand que l'outil de lutte que représente une Pride doit être démocratique, transparent et irréprochable.
Communiqué unitaire · Montpellier · Avril 2026
Pourquoi nous ne serons pas à la Pride 2026
Préambule
Pour beaucoup d'entre nous, la Pride de Montpellier est un souvenir fondateur. Se découvrir une communauté aussi nombreuse, aussi forte, aussi belle. Voir pour la première fois que l'on n'est pas seul·es. Ces moments-là, ils comptent dans nos vies, personnellement et collectivement.
C'est précisément parce qu'ils comptent que nous ne pouvons plus faire comme si tout allait bien. Parce que ça ne va pas, et notre communauté mérite de le savoir.
Et pourtant c'est ce qu'on nous demande : de mettre nos divergences sous le tapis, de sourire dans le cortège, de taire ce qu'on sait, parce que « c'est pas le moment ». Mais c'est justement parce que le moment politique est riche en enjeux que nous faisons le choix aujourd'hui d'être complètement transparent·es vis-à-vis de notre communauté.
Prendre la parole aujourd'hui, c'est prendre un risque. Nous le savons, et nous le faisons quand même. Parce que nous alertons sur des dysfonctionnements structurels, qui empêchent la Pride de Montpellier d'être véritablement représentative de la communauté queer locale.
À préciser d'emblée
Nous tenons à le dire clairement : nous ne jugeons pas celleux qui se maintiennent à la Pride, dans le cortège comme dans les soirées. Certain·es d'entre nous ont fait ce choix par le passé. Nous savons mieux que quiconque ce que ça coûte de se mettre Fiertés - et son directeur artistique - à dos. Nous connaissons la précarité des artistes et des orgas queers, qui n'ont pas toujours le luxe de refuser un booking. Nous vous demandons de ne pas leur envoyer de messages haineux - ni aux bénévoles de Fierté d'ailleurs.
Contexte de la démarche
Lors de l'annonce de la Queer Night 2026 le 1er avril dernier, nombre d'entre vous se sont étonnés de ne retrouver dans la line up que très peu d'artistes et d'acteur·ices locaux·les. En cause notamment, l'absence de Folle de Rage et Dragnini, ainsi que le retrait de Nuit Brune. Nous tenons à clarifier les raisons de notre absence, et adresser, aux côtés des autres acteur·ices queers de Montpellier, les problèmes éthiques et structurels qui nous poussent aujourd'hui à nous retirer collectivement de la Pride de Montpellier.
Ce que nous vivons avec Fierté Montpellier Pride ne se résume pas à une phrase maladroite dans un post Instagram. Ce qui s'est joué ce 1er avril n'est que la partie visible d'un fonctionnement que nous connaissons depuis des années, et que nous ne sommes plus les seul·es à voir. Notre communauté perçoit ce que nous vivons en coulisses. Elle pose les bonnes questions. Ce communiqué est notre réponse.
Précisons d'emblée ce que ce communiqué n'est pas. Ce n'est pas une affaire personnelle. Ce n'est pas une « crise » de structures vexées de ne pas avoir été programmées. C'est le témoignage collectif d'organisations queers qui, chacune à leur manière et à des moments différents, ont vécu les mêmes dysfonctionnements, et qui ont décidé qu'il était temps de le dire ensemble.
Les schémas structurels
Ce que nous allons décrire ne relève pas de l'incident isolé. Ce sont des pratiques répétées, cohérentes entre elles, qui forment un système.
L'argent, dans la relation entre FMP et les acteur·ices de la scène locale, n'est pas seulement une question de rémunération. C'est un outil de pouvoir. Le manque de transparence sur les conditions financières est total et manifestement délibéré.
Lors de la préparation de la Queer Night 2026, Dragnini est informé qu'une somme leur sera versée pour leur participation, et qu'il ne faut surtout pas l'ébruiter, parce que personne d'autre n'est rémunéré. Dans le même temps, Nuit Brune, pourtant rémunéré à un montant inférieur, se voit affirmer que tous les collectifs participants sont payés à la même hauteur.
Ces versions contradictoires, communiquées simultanément à différentes structures, ce n'est pas de la maladresse. C'est une manipulation délibérée.
Entre-temps, Dragnini, en désaccord avec le niveau de contrôle et les exigences du directeur artistique sur leur passage scénique, demande à disposer d'une pleine liberté artistique. S'ensuivent deux appels qui en disent long sur la manière dont le pouvoir s'exerce. Dans le premier, un membre du bureau de Fierté leur explique que l'argent est décorrélé de la Queer Night : c'est simplement une volonté de Fierté de « soutenir le drag local ». Quelques heures plus tard, le directeur artistique les contacte personnellement pour contredire cette version.
Verbatim
« C'est mon show, je fais ce que je veux. La liberté artistique a un prix. »
Puisque Dragnini a voulu sa liberté artistique, ils seront les seuls de la soirée à ne pas être payés. Ce n'est pas de la maladresse. C'est du chantage.
La menace prend une autre forme : la blacklist. Se mettre à dos le directeur artistique, c'est risquer de se voir fermer des portes. Pas seulement à la Pride, mais au-delà. Des artistes ont été menacés de ne plus être bookés s'ils collaborent avec certaines structures. Des pressions ont été exercées jusque sur des acteurs institutionnels pour empêcher une artiste de Support your local girls gang de se produire, en l'associant faussement à une forme de militantisme jugée indésirable. Comme si appartenir au Pink Bloc, cette manifestation spontanée et pacifique, était une disqualification.
Folle de Rage, de son côté, a dû faire inscrire dans son contrat avec Fierté une clause de non-dénigrement : non pas par excès de précaution, mais en réponse à des commentaires dénigrants de la part d'artistes et amis du directeur artistique pourtant engagés sur l'évènement de FMP. Qu'une structure se sente obligée de se protéger contractuellement contre l'association avec laquelle elle collabore en dit long.
Ce contrôle financier ne serait pas possible sans ce qui le rend invisible : une opacité systématique sur les prises de décision, les conditions de participation, et les règles du jeu qui changent selon les interlocuteur·ices et les moments.
La communication avec les structures partenaires suit un schéma bien rodé : des mois de silence, aucune réponse aux messages, puis une pression soudaine pour obtenir des réponses en urgence. Dragnini en a fait l'expérience de manière particulièrement criante. Après de longs mois sans aucun retour du directeur artistique, celui-ci les a finalement contactés avec une insistance agressive, puis est allé jusqu'à interpeller leurs artistes par message privé.
L'accès aux chars de la Pride en est une autre illustration parlante. Les tarifs varient considérablement d'une structure à l'autre, sans critères clairs ni transparents. Quand Nuit Brune, pourtant actif depuis plus de deux ans sur la scène queer montpelliéraine, s'est adressé au bureau de Fierté pour obtenir un char, le tarif communiqué était sans commune mesure avec ce que d'autres structures ont payé. Aucune forme d'aide ou d'accompagnement ne leur a été proposé.
Fierté Montpellier Pride a commandité l'an dernier un audit interne qui révèle, noir sur blanc : « une gouvernance manquant de clarté », « une communication et une gestion relationnelle dysfonctionnelles », « des tensions psychosociales », et une présidence « trop incarnée ». Nous saluons la démarche. Mais ce que cet audit décrit comme un problème interne, nous le vivons de l'extérieur depuis des années. Les dysfonctionnements de gouvernance ne s'arrêtent pas aux portes de l'association : ils se déversent sur l'ensemble des acteur·ices qui gravitent autour de Fierté.
La Pride devrait être un espace d'expression collective, ouvert à toutes les structures qui font vivre la communauté queer de Montpellier. Ce que nous vivons est tout autre : un espace verrouillé, où chaque présence se négocie, se monnaye, et se soumet à des règles fixées unilatéralement.
Avoir un char dans le cortège, c'est bien… à condition de ne pas en profiter pour faire la promotion de ses propres événements. Le premier char porté par des personnes racisées dans l'histoire de la Pride de Montpellier - un moment dont FMP s'est publiquement félicité - s'est vu interdire toute communication sur sa propre soirée depuis ce même char. Idem pour Folle de Rage : après s'être vu refuser l'organisation d'un évènement officiel, pour lequel ils avaient reversé des sommes importantes à FMP les années précédentes, on leur a interdit de faire quelque promotion que ce soit sur leur char et pendant toute la durée du cortège. Inutile de préciser que la seule et unique soirée officielle a été entièrement placée sous le contrôle du directeur artistique. FMP se réjouit de votre présence dans le cortège, mais pas au point de vous laisser exister pleinement.
Vouloir organiser une soirée "partenaire" à l'occasion de la Pride ? Il faut verser une commission à FMP sur chaque billet vendu, indépendamment de la dimension de votre événement. Et si vous organisez quelque chose en dehors de ce cadre officiel, vous vous exposez à des menaces. Nous ne sommes pas les bienvenu·es sur leur scène - mais nous ne pouvons pas non plus occuper l'espace autrement sans nous heurter à des obstacles financiers ou juridiques.
L'instrumentalisation systématique et questionnante du mot "Pride" entre parfaitement dans cette logique.
C'est le mot que nos aîné·es ont crié dans les rues, celui qui désigne notre fierté collective depuis des décennies.
Une marque a été déposée par l'association à l'origine de la Pride de Paris, afin de protéger le mot de la prédation commerciale et du pinkwashing. Dans toutes les villes, seules les structures organisatrices de la Pride reversent de l'argent à cette structure pour utiliser le mot. Les acteur·ices de la communauté peuvent en jouir en toute liberté, sans que ça pose problème. Pourtant, à Montpellier, les établissements et collectifs queers reçoivent systématiquement des pressions de la part de FMP dès lors qu'ils utilisent ce mot sans leur autorisation - et sans les payer. Certaines structures ont versé des sommes considérables pour avoir le droit d'utiliser ce mot dans leurs évènements, au motif que FMP avait besoin de cet argent pour financer les événements liés à la Pride. Ce qui est particulièrement révoltant, c'est que ces structures sont ensuite présentées comme des "partenaires" pour légitimer ces contributions, sans pour autant être traitées comme telles : aucune reconnaissance, aucune réciprocité, aucune considération réelle. Folle de Rage en a fait les frais à plusieurs reprises. La Madrediosa, qui refusait de cautionner cette pratique, a dû modifier le nom de ses soirées sous la menace de poursuites judiciaires.
Ce que FMP réclame n'a que bien peu de fondements. Si nous pouvons comprendre la démarche d'origine du dépot de la marque, il ne nous semble pas qu'elle a été faite pour confisquer ce mot aux acteur·ices de la communauté. De plus, "Pride" est un terme générique du langage commun : on ne peut pas en avoir le monopole. Les soirées et événements de Fierté Montpellier Pride sont suffisamment distinctifs, avec leur logo et leur identité propre, pour que personne ne les confonde avec les initiatives d'autres acteur·ices locaux·ales. Les structures qui ont cédé à ces pressions auraient des raisons sérieuses de se retourner contre FMP.
Il est insupportable que l'association censée nous représenter traite les acteur·ices de notre communauté comme de la concurrence commerciale. La diversité de l'offre culturelle queer à Montpellier doit être célébrée et non réprimée, d'autant plus durant le Mois des Fiertés !
Il est important de rappeler que FMP n'est pas simplement l'association organisatrice de la Pride. C'est aussi le Centre LGBTQIA+ de Montpellier. En cette qualité, FMP devrait être un vecteur de rassemblement, de partage, de soutien et de renforcement communautaire. Au lieu de ça, les responsables actuels méprisent une partie entière de la communauté, encouragent les dynamiques de concurrence marchande, exacerbent les rapports de domination et jouent le jeu du népotisme.
Folle de Rage a reversé une partie de ses recettes à FMP depuis des années : plusieurs milliers d'euros au total. Aucun remerciement public. Aucune mention. Aucune reconnaissance.
Les associations portées par les femmes et personnes racisées de la communauté sont encore moins considérées. Comme nous le disions plus haut, Nuit Brune, après deux ans d'existence et de soirées, s'est adressé au bureau de Fierté pour obtenir un char. Le bureau n'avait aucune idée qui iels étaient, et n'a pas cherché à le savoir. La seule fois où le directeur artistique est venu à Nuit Brune, c'était dans le cadre de ses propres intérêts professionnels et pas pour découvrir ce que le collectif apporte à la communauté. A cette occasion, l'une des co-fondatrices lui a fait part des problèmes que Nuit Brune avait avec Fiertés. Inutile de dire que ça n'a rien changé.
Un exemple parmi d'autres
La Madrediosa, bar queer de la ville, s'est retrouvée à plusieurs reprises à accueillir en urgence des personnes queers en grande détresse - logement, isolement, vulnérabilité - renvoyées vers eux par FMP, sans concertation préalable, sans protocole, sans même un coup de fil. Il est compréhensible que FMP ait parfois besoin de relai, mais il serait appréciable que de la considération soit réelle et entretenue, tant dans les échanges que dans la visibilité et le respect porté aux acteur·ices de ces relais qui n'ont ni financement ni formation dédiés à ces actions de relai d'assistance. Le staff s'est retrouvé à gérer des situations de crise en plein rush, parfois à payer des nuits d'hôtel de leur poche. Lorsque la Madrediosa a interpellé FMP, la réponse a été lapidaire : la permanence était fermée, donc ils les ont envoyés là. Pas d'excuses, pas de remerciements.
Ce que nous décrivons finalement, c'est une association qui se sert du tissu communautaire local comme d'un filet de sécurité, quand ça l'arrange, sans jamais le reconnaître, le soutenir, ni même le rencontrer. Malgré des signalements répétés, des tentatives de dialogue, rien ne change.
Le directeur artistique n'est pas membre du conseil d'administration de FMP. Ce n'est pas un bénévole. C'est un prestataire externe. Et pourtant, il exerce un pouvoir de fait sur l'ensemble de la programmation de la Pride, un pouvoir que ni le CA ni la présidence ne semblent en mesure, ou en volonté, de limiter.
La Pride est pour lui une vitrine professionnelle. Il place les artistes de son agence, soigne son positionnement, obtient des bookings qu'il ne pourrait pas générer autrement. Organiser des événements de cette envergure avec l'argent et la légitimité d'une association, sans en assumer les risques ni la gouvernance, c'est un modèle particulièrement confortable. Et particulièrement problématique.
En 2025, la Queer Night avait été organisée en interne, sans lui. Près de 2000 personnes sur le Peyrou, une soirée qui mettait en avant les acteur·ices locaux·ales, qui ont d'ailleurs participé à l'évènement de manière entièrement bénévole. FMP notait pourtant dans son rapport d'activité que l'événement nécessitait une "re-professionnalisation". N'était-il pas assez rentable ? En 2026, le directeur artistique reprenait la main. Automatiquement, Folle de Rage, en était écarté, l'aboutissement d'années de dénigrement motivé par des conflits interpersonnels. Puis c'est Dragnini qui a dû se retirer face à ses exigences déraisonnables, en janvier dernier. Ce n'est qu'en découvrant la line up que Nuit Brune a appris ces faits, et a choisi de se retirer également par solidarité. Les mails de Dragnini et de Nuit Brune à FMP sont depuis restés sans réponse. Le directeur artistique continue tranquillement de programmer ses deux soirées, maintenant dépourvues en très grande partie d'artistes locaux.
Une artiste de Dragnini s'est ainsi entendu dire par le directeur artistique qu'elle n'était qu'une « petite artiste insignifiante ». Son tort ? Être montée sur scène à une soirée Folle de Rage. Cela lui a valu une annulation de booking sur lequel iel était pourtant annoncé.
Sa conception de la scène locale et son attitude vis-à-vis d'elle sont cohérentes avec cette logique. Lors d'une assemblée générale de FMP, il a aussi fait preuve d'un mépris manifeste envers des victimes de harcèlement qui témoignaient : un comportement officiellement documenté, rapporté par de nombreuses personnes présentes, et incompatible avec les valeurs que cette association est censée défendre.
Une bourse porte son nom. Elle est attribuée par FMP. Elle a été utilisée comme levier de pression. Les publications de FMP sur Instagram sont régulièrement réalisées en post collaboratif avec l'agence privée du directeur artistique. La confusion entre l'homme, son agence, et l'association est totale. Et elle n'est pas accidentelle.
Ce que FMP sait déjà
Soyons claires. Nous ne découvrons pas ces dysfonctionnements. FMP non plus.
Suite à l'audit interne qui a révélé les dysfonctionnements de l'association, la feuille de route 2026 de FMP promet des réformes internes. Elle ne dit rien de la manière dont FMP entend traiter ses partenaires, reconnaître les acteur·ices locaux·ales, ou mettre fin aux pratiques que nous décrivons ici.
C'est précisément pour ça que nous prenons la parole.
Nos revendications
Ce que
nous exigeons
Nous ne publions pas ce communiqué pour témoigner uniquement. Nous le publions pour que les choses changent.
La Pride n'est pas le bien d'une seule personne. Elle n'est pas un business. C'est un bien commun, qui appartient aux acteur·ices de la scène locale et de la communauté. Celleux qui œuvrent tout au long de l'année pour créer des espaces de liberté, rompre l'isolement, faire vivre la culture queer sous toutes ses formes.
Nous ne cherchons pas à vous faire boycotter la Pride, ni à vous priver de ce moment. Nous savons ce que la Pride représente dans nos vies, ce que ça fait de marcher ensemble, de se voir, de s'appartenir. Allez à la Pride. Dansez. Marchez. Ce moment vous appartient.
Mais si vous voulez que cette Pride soit aussi politique qu'elle est festive, si vous voulez soutenir nos revendications, rejoignez le Pink Bloc. Ce rassemblement spontané, pacifique et revendicateur qui prend la tête du cortège chaque année pour rappeler que nos luttes ne sont pas finies. Qu'elles doivent être inclusives, éthiques, et respectueuses de la communauté dans son ensemble.
Nous serons là.